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VALEURS ACTUELLES April 29, 2005 Kurt Masur L'ex-patron de l'Orchestre philharmonique de New York et du Gewandhaus de Leipzig s'achemine vers la fin de sa troisième saison à la tête de l'Orchestre national de France. par Stéphane Haïk Avec sa stature d'athlète olymique, son visage d'une sévère rondeur, son collier de barbe taillé au millimètre et son regard perçant, le presque octogénaire Kurt Masur est de ces chefs dont l'apparence donnerait à elle seule du fil à retordre aux instrumentistes qui s'aventureraient à ne pas rester dans le rang. Assurément, l'ex-chef de l'Allemagne de l'Est appartient à cette race de musiciens d'après-guerre en voie d'extinction, et dont il est l'un des derniers "spécimens" vivants : main de fer dans un gant de velours, au fil de pérégrinations musicales au long cours, il a appris à imposer ses vues à ses ouailles, sans flot de quolibets ou menaces comme l'eût fait Toscanini, non sans fermeté néanmoins. Arc-bouté sur une connaissance quasi encyclopédique des grands classiques et sur un goût certain pour la musique du XXe siècle, c'est fort d'une expérience presque inégalée de la gestion humaine des musiciens d'orchestre que ce dinosaure de la baguette, né en Silésie en 1927, a fait figure de sauveur d'un Orchestre national de France en perdition depuis que le Suisse Charles Dutoit en avait pris les rênes. Prestations publiques bancales, démotivations, l'espace de quelques années, la phalange de Radio France était devenue l'ombre d'elle-même, vilipendée par la presse, lâchée par le public. L'arrivée en 2002 de Kurt Masur a sonné la fin du cauchemar; rapidement, la format en a retrouvé ses marques, regagné une pâte sonore digne d'un orchestre de stature internationale, élargi son répertoire tout en consolidant les acquis historiques: une métamorphose heureuse et inattendue. Les recettes du bon docteur Masur? Ni plus ni moins celles qu'il avait préalablement appliquées à l'Orchestre philharmonique de New York, dont il fut le directeur musical de 1991 à 2002 : le goût du travail en commun, le par tage, l'échange, bref la permanence d'une interactivité avec des musiciens formant un groupe homogène, mais qu'il s'était échiné à connaître un à un. A la base, un constat simple, identique à New York et à Paris: "Les musiciens sont parfaits quand ils jouent en solistes, mais dès qu'il s'agit de les mettre ensemble, des problèmes de cohésion sonore apparaissent très vite." Et les vingt-six années passées à la direction de l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig ont indéniablement compté dans son actuelle réussite parisienne: de 1970 à 1996, il a été confronté à mille et une situations musicales qu'il a appris à résoudre. Sans compter une donne politique pour laquelle il n'était pas préparé, lorsque, en 1989, Leipzig est à deux doigts de plonger dans le chaos, après une intervention télévisée musclée d'Erich Honecker, l'homme fort du parti, exhortant les Allemands à ne pas manifester publiquement leur désapprobation de la visite prévue à Leipzig de Gorbatchev. En vain. De ces jours-là, Kurt Masur s'en souviendra jusqu'à son dernier souffle : pour éviter un bain de sang, il ouvrit les portes de sa salle de concerts aux protestataires, gagnant ainsi, du jour au lendemain, une popularité si importante qu'on imagina un temps qu'il pût prendre la présidence de l'Allemagne réunifiée... Insatiable bûcheur, l'ex-héraut de la Nouvelle Allemagne partage aujourd'hui son temps entre Paris et Londres, où, depuis septembre 2000, il est chef principal de l'Orchestre philharmonique de Londres. Car rien n'arrêtera ce diable d'homme, jamais gagné par la lassitude, ni par la lourde charge de travail pesant sur ses épaules. D'autant que l'essentiel est toujours là : la passion. |


