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altamusica.com November 19, 2003 Sur le même accord Hommage à Dutilleux et création française de Sur le même accord avec Anne-Sophie Mutter au Théâtre des Champs-Elysées, Paris. by Françoise Malettra Au Théâtre des Champs-Elysées, l'Orchestre National de France offrait une soirée exceptionnelle à Henri Dutilleux, d'abord avec les solistes de l'orchestre, puis avec l'orchestre au complet et son chef Kurt Masur, ainsi que la violoniste Anne-Sophie Mutter, pour la création française du Nocturne pour violon et orchestre dont elle est dédicataire : Sur le même accord. Alors qu'à New York, Henri Dutilleux assistait à la création américaine de sa dernière oeuvre, Correspondances, composée pour la soprano Dawn Upshaw et la Philharmonie de Berlin, l'Orchestre National de France offrait une soirée exceptionnelle à celui qui reste indiscutablement le plus grand compositeur français vivant. A l8h30, les solistes de l'orchestre entrent en scène avec Citations, une pièce dont la formation insolite hautbois, clavecin, contrebasse, percussion exige des interprètes une écoute très particulière de leurs partenaires, chacun prenant la parole dans un jeu virtuose de questions/réponses, de paraphrases et d'esquives, en dessinant une suite de courts tableaux d'un raffinement extrême. Une musique qui leur va comme un gant, exécutée avec une classe folle. L'élégance et la poésie lumineuse de la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel semble prendre alors tout naturellement sa place, dans un dialogue idéalement accordé entre Elisabeth Gab et Jean-Luc Bourré. Ils sont rejoints par Emmanuel Blanc et David Rivière pour donner une interprétation ultrasensible de Ainsi la nuit d'Henri Dutilleux, à la mesure d'une des uvres majeures de la littérature pour quatuor à cordes du XXe siècle, où ils réussissent à recréer toute la magie de cette succession de visions nocturnes dont chacun garde la mémoire du précédent. Sur le même accord A 20h, l'Orchestre National est en place. Un an et demi après sa création anglaise au Royal Festival Hall par la Philharmonie de Londres, Sur le même accord d'Henri Dutilleux est enfin donné en France. Même chef, Kurt Masur, même soliste, Anne Sophie Mutter, dédicataire de l'uvre. Moulée dans un fourreau de lamé argent, toute en charme et en blondeur, la violoniste ouvre le bal avec les deux Romances pour violon et orchestre de Beethoven. Mais en adoptant une tonalité résolument chambriste, presque feutrée, elle ne parvient pas à libérer la sensualité diffuse qui habite les deux pièces. On est dans le domaine du rêve et de la suavité, comme un chant volontairement retenu auquel l'orchestre fait aimablement allégeance. Rien de tel dans Sur le même accord, où à partir de six petites notes énoncées par le violon, la soliste et l'orchestre vont décliner avec une ferveur palpable toutes les subtilités de l'accord, dans un échange de timbres, de couleurs et de rythmes relevant de cette virtuosité d'écriture et de perfection formelle qui porte la marque du très grand symphoniste qu'est Henri Dutilleux. On est environné par tous les sons de la nuit, comme au centre d'une étrange et parfois inquiétante constellation d'où surgit soudain le chant d'un violoncelle ou le battement sourd des cloches dans le lointain. Création bissée On comprend la décision prise par Kurt Masur de bisser l'uvre, donnant ainsi à l'exécution et à l'écoute une liberté qui ne peut laisser place qu'à la pure jouissance. Et c'est avec une 5e symphonie de Tchaïkovski passionnée et passionnante que s'achève la soirée. Evidence d'une reprise en main rigoureuse de l'orchestre par Kurt Masur depuis son arrivée à la tête d'un National qui semble bien avoir retrouvé définitivement son âme. Des cordes superbes, une maîtrise parfaite de tous les pupitres : on sent une adhésion totale à un chef, qui, loin de toute effusion trop convenue, mais avec une intensité permanente dans le flux musical, réussit à exprimer toute la somptuosité de la musique. Il est rare qu'à l'issue d'un concert, l'orchestre acclame spontanément son chef, mais ce soir-là les musiciens et le public entendaient manifester et partager le même bonheur. |


