|
SUD OUEST 18 November 2002 La critique de Roch Bertrand Il y a des concerts que l'on ne saurait rater pour rien au monde et qui, bien au-delà du simple plaisir, marquent profondément l'esprit. Kurt Masur et l'Orchestre national de France ont offert un de ces moments de grâce, et le public lui a réservé un véritable triomphe. Avant même le début du concert, il s'est passé quelque chose de magique. Kurt Masur, devant l'orchestre, laissait voir l'abnégation d'un homme face à l'œuvre d'un génie. Il n'y avait rien de conquérant dans la posture du corps, qui, au contraire, semblait faire face à un gouffre où s'abandonner. Le fait qu'il n'avait pas de baguette ajoutait un peu plus encore à l'immense solitude qui semblait l'envelopper. Plus l'adagio molto de la 2 Symphonie de Beethoven s'éleva, révélant dès les premières mesures un orchestre confiant du chemin que maître Kurt Masur lui faisait emprunter; un chemin rythmé par une dramaturgie implacable et savante quî aurait pu être celle d'un Mozart enténébré. La musique se hissait à des hauteurs rarement atteintes jusqu'au trio du scherzo, qui, bien qu'etant d'esprit populaire, s'inscrivait hors du temps. Ce miracle musical, qui se répéta dans la 3 Symphonie de Beethoven, s'il est le fruit du talent peu commun d'un chef d'orchestre, n'aurait pu se produire sans une formation d'une beauté transcendante qu'on ne lui connaissait pas. |


