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LE MONDE September 12, 2003 De Wagner à Mahler, sous la direction de Kurt Masur et de Christoph Eschenbach by Marie-Aude Roux Les deux concerts de rentrée fougueux et contrastés de l'Orchestre national de France. L'arrivée d'un appariteur sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, mercredi 10 septembre, soir de début de saison pour l'Orchestre national de France, a provoqué une pensée unique : "Les intermittents du spectacle !" Tout le monde a tendu l'oreille, mais le discours concernait seulement l'annonce d'un remplacement connu depuis belle lurette : celui de la chanteuse Julia Varady par l'Américaine Deborah Voigt, laquelle, fut-il précisé, avait été la veille une Isolde très applaudie dans Tristan à l'Opéra de Vienne. L'ouverture de Tannhäuser fut abordée avec moelleux, avant que Kurt Masur, en tacticien de la séduction, ne lâche les chiens et exhorte le mordant d'un orchestre dont on a pu mesurer, en dépit de quelques accrocs, la confiance retrouvée dans ses capacités. Puis ce fut l'arrivée de la capiteuse quoique visiblement facétieuse Deborah Voigt, laquelle enfila vite fait bien fait son "Dich, teure Halle" d'Elisabeth de Tannhäuser avec une gloutonnerie assez réjouissante. Belle voix, puissance idoine, présence sympathique ; hélas, comment croire un seul instant à ce "Prélude et mort d'Isolde" pétant de santé et se refusant à la transfiguration ? Mais le simulacre était beau, et le succès itou, si bien que Debby Voigt y alla gaillardement d'un "One more time !". Devant des voix qui, s'élevant du public, criaient "Merci !", Kurt Masur, déjà au pupitre, se retourna pour lancer avec humour : "Après ! s'il vous plaît !", avant de bisser l'air d'entrée d'Elisabeth. Dire que les 65 minutes de la Sixième Symphonie de Bruckner, qui figurait en seconde partie, passèrent à la vitesse d'une Walkyrie au galop serait outré, mais Kurt Masur devait donner de l'œuvre une version construite d'une main de fer, et de bout en bout passionnante, rendant justice à cette musique panthéiste, qui sonne parfois comme du Mahler, la neurasthénie en moins. Le lendemain, c'était au tour de l'Orchestre de Paris... |


