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LE FIGARO 12. Avril 2003 Heureux contrastes La critique de Jacques Doucelin Pour l'avant-dernier concert de l'Orchestre national avant Pâques, retransmis en direct par France Musiques, Kurt Masur a proposé un programme contrasté avec le célèbre et très physique 2e Concerto pour piano de Prokofiev et la Psyché préraphaélite et rarissime de César Franck. Il faut une forte poigne pour dompter la coulée de lave juvénile que constitue ce Concerto d'un Prokofiev de vingt-deux ans. Elisabeth Leonskaja, ancienne partenaire du grand Richter, est la femme de la situation : elle ne fait qu'une bouchée de la redoutable cadence destinée à mettre en valeur la technique de fer du compositeur pianiste. Ce qu'on aime chez cette grande dame du clavier, c'est moins son abattage digital que la variété de coloris de son jeu et ce don qu'elle a de faire sourdre la musique au milieu des pires déferlements orchestraux. C'est un jeu de cache-cache où elle sait s'évanouir derrière des cataractes cuivrées pour réapparaître en zébrant le clavier de traits de feu. Sa complicité avec le chef allemand est palpable. Seul regret : la sécheresse de l'acoustique du Théâtre des Champs-Elysées qui donne une rigueur militaire aux échanges de balles entre soliste et orchestre. Triomphe mérité pour tous. A la fois incarnation du nationalisme français à travers ses disciples Chausson, Duparc, Ropartz et d'Indy et du mélange des cultures germanique et gallicane, Franck, le Wallon de Paris, est devenu rare sur nos affiches après les avoir occupées durant un siècle. Quant à sa Psyché, il y a des lustres qu'on ne l'a plus entendue dans son intégralité. Saluons donc le courage de Kurt Masur qui la dirigea à New York. Pour en faciliter l'accès au public américain, il fit lire un texte de liaison à un comédien. A Paris, c'est une Isabella Rossellini drapée de framboise écrasée qui en lit la traduction. Une partie de la salle jugea sa prestation superflue et le lui fit grossièrement savoir aux saints. Fallait-il confondre vacuité du texte et interprète? A vrai, la parfaite diction des Chrs de Radio France dans cette Symphonie chorale suffisait amplement. D'autant que, comme dans le Roméo et Juliette de Berlioz, l'essentiel se dit à l'orchestre. Celui-ci trahit l'influence de Wagner sur le « pater seraphicus » (ainsi le nommaient ses disciples!) même si l'écriture chorale reste très française. Masur tire de magnifiques sonorités du National. Les Jardins d'Eros sont frères dans leur sensualité de ceux des filles-fleurs et de Klingsor dans Parsifal. Quant à l'Apothéose finale, le suraigu extatique des violons évoque la solitude de la Walkyrie sur son rocher. Les frontières s'estompent. |


