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LA DEPECHE 11 January 2003 L'éblouissant manifeste de Wynton Marsalis Bernadette Faget Avant même d'ouvrir ses portes, la Halle aux Grains était électrique, hier, comme au soir d'un combat attendu. Aux abonnés fidèles des Grands Interprètes se mêlaient en nombre les amateurs de jazz : tous curieux de savoir comment le trompettiste Wynton Marsalis, que Jazz in Marciac a fait président d'honneur, allait passer le grand oral de sa première symphonie « All Rise ». Interprétée, hier soir, pour la huitième fois, elle arrivait à Toulouse auréolée d'un triomphe parisien (la veille). Dès les raccords d'orchestre, en fin d'après-midi, Kurt Masur qui commanda cette œuvre à Wynton Marsalis, souhaita à l'auteur la bienvenue sur cette scène occitane et le félicita. Le public français, lui, se félicite, que Wynton Marsalis soit venu interpréter « All Rise » sous la direction de Kurt Masur, en compagnie de l'Orchestre national de France. MAGIE DU LIVE Est-ce la magie du live, ou bien la vraie complicité qui unit les deux hommes ? Le concert de Toulouse, après celui de Paris, dégage bien plus de relief que l'enregistrement réalisé il y a un an aux Etats-Unis. Pris en sandwich entre les hautbois et les trombones de l'ONF, le Lincoln Center Jazz Orchestra posait ses cuivres, feutrés en cette circonstance, en fond de scène ; son impeccable rythmique en prolongement des percussions classiques. De part et d'autre de ce jardin royal de cent instruments, le chœur de Baltimore, aussi à l'aise dans le registre classique que dans celui du gospel, séparait ses voix féminines et masculines. Répons obligent. C'est sur « Le pas de Jubal » que s'ouvre « All Rise ». Jubal qui, dans l'Ancien Testament, est l'inventeur des instruments de musique. « Nous avons été créés dans la joie et nous aimons créer » dit Wynton Marsalis dans cette introduction oł le big band laisse un instant ses cuivres pour des tambourins, tandis que les voix, imitant le didgeridoo, lancent la grande marche de l'humanité. Après avoir emprunté une comptine à son fils Siméon, Wynton Marsalis invite « à aller doucement, mais sans s'arrêter ». Il nous fait faire un tour par le violon populaire. Après ce mouvement de joie, la symphonie implore le Seigneur, et c'est un solo du trompettiste qui prie « Sauvez nous ». On lira la souffrance et encore la longue marche vers la connaissance et la liberté, avant de retrouver la joie avec « Le grand bal de la reine » et même l'amour avec « Le slow de la drague du samedi soir » et, enfin, un sublime chœur rédempteur. Parfaitement classique dans son orchestration, mais marquée au fer rouge de la musique afro-américaine, « All Rise » n' a sûrement pas fini de déranger. La voudrait-on batarde? Nous on l'entend métisse avec les richesses de ses sangs. On y lit aussi le total engagement de Wynton Marsalis et sa plaidoirie pour un monde de partage et d'harmonie. Un monde qui danse et que le trompettiste a fait danser, hier soir. Standing ovation. Trois bis. La Halle aux Grains était KO debout. |


